Quelle est la spécificité de l’artiste peintre en décor contemporain et du matiériste ?
Le peintre en décor est traditionnellement un spécialiste de la décoration en trompe l’oeil et de l’imitation : panoramiques, imitation peinte du bois, de la pierre (marbre, granit…), des métaux, des textures (cuir, ivoire, corne, écaille, tissus). Il travaille la feuille d’or.
Il allie connaissances techniques picturales et qualités artistiques. Il maîtrise les couleurs.
Il réalise ou restaure des fresques intérieures ou extérieures.
Son métier procède des arts décoratifs et de leur histoire.
Son savoir-faire s’étend au mobilier. Il conçoit des images et représentations picturales.
C’est avant tout un créateur « d’ambiances » pour des lieux de vie.
C’est aussi un matiériste coloriste spécialiste des décors muraux dans le bâti contemporain (enduits minéraux, stucs…).
Le peintre matiériste est un adepte de l’art brut et informel. Le matiérisme produit une peinture abstraite, utilisant différents matériaux traditionnels ou non, ajoutés sur de la toile et autres supports (chaux, sable, gravier, plâtre, cire, goudron, bois, éléments végétaux….). Le peintre triture la matière picturale : il perfore, gratte, incise, déchire, brûle… Il entreprend des recherches sur la matière.
Son art est monumental, sa peinture est liée au mur, créée dans et pour un lieu. Ses oeuvres sont singulières, uniques, originales.
L’ Atelier s’est spécialisé dans la décoration murale, pourquoi ?
Parce que depuis l’origine des temps, l’Homme a toujours cherché à embellir son habitat, et les murs ont été spontanément les champs d’une libre expression artistique.
Des parois des grottes préhistoriques aux murs des façades des maisons de l’Antiquité, ceux des appartements de la Renaissance ou de l’époque pré-moderne, des générations d'artistes et artisans du décor ont rivalisé de virtuosité, d’intense imagination pour traduire les codes esthétiques de leur époque, illustrer les valeurs, la richesse et la supériorité culturelle d’une société, témoigner d’émotions intemporelles.
Je trouve passionnant de perpétuer cette histoire, de s’en nourrir ou de s’en démarquer tour à tour.
Potentiellement infinie, nécessité naturelle, la décoration murale est universelle, marqueur d’humanité et valeur positive. Elle se révèle aussi une forme sympathique de sophistication, une recherche de l’insolite.
L’idée reste toujours la même : repousser les limites imposées par les murs de notre habitat, apporter de la lumière, donner un sentiment d’évasion, la projection d’un ailleurs à la fois proche et lointain.
Les murs nous invitent naturellement à rêver, sollicitent notre imaginaire; ils affichent aussi par leur traitement, leur texture plus ou moins sensuelle, une certaine idée du confort, de luxe et d’apparat.
Pourquoi avoir choisi de baptiser l’Atelier "Un Mur d’Avance" ?
Parce ce que je pense sincèrement que tout acte créatif est potentiellement en avance sur son temps. La création procède d’ une recherche pour transcender notre univers connu, notre monde prévisible. Créer, imaginer, rendre sensible c’est quelque part chercher à devancer notre « modernisme » quotidien pour l’enrichir de nouvelles idées ou de nouveaux concepts par définition « avant-gardistes ». Donc oui, de mon point de vue, faire acte de créativité dans son intérieur c’est provoquer une intentionnalité et déjà être en avance.
L’Atelier est aussi un lieu d’expérimentation, d’échanges, de réflexion et d’inspiration directement connecté à son environnement. Je l’ai pensé comme une plateforme de recherche de décors contemporains, un laboratoire d’idées pour solutions esthétiques et picturales innovantes.
Quelle est la valeur ajoutée de l’Atelier, aujourd’hui, à l’heure de la multiplicité des offres et de produits standardisés du "prêt à décorer" soi-même ?
Il est certain que nous sommes bien dans l’ère des Responsables des Achats et que l’apparition de la grande distribution, a largement contribué à démocratiser les marqueurs du décor (mobilier, design, tapisserie, passementerie, etc…) et à faire émerger de nouvelles tendances décoratives, et c’est en soi très positif.
Le décor se veut aujourd’hui vivant, remodelable, adaptable à des besoins changeants, en jouant tout en souplesse avec les espaces décloisonnés de l’habitat moderne et de la mixité de ses usages.
Mais nous vivons aussi l’avènement d’une offre commerciale esthétique standardisée, pré-mâchée, du « prêt à peindre », du « prêt à enduire », et vous l’avez mentionné dans votre question, du « prêt à décorer » et parfois il faut bien l’admettre du « prêt à l’ennui »…
D’ailleurs le consommateur ne s’y est pas trompé par son refus des diktats et de l’uniformisation. L’originalité, la personnalisation, le « sur mesure » sont devenus une revendication de nos contemporains en matière de décoration.
Chacun souhaite pouvoir afficher son style de vie sans entraves; vivre au quotidien un intérieur qui lui ressemble, se démarquer d’une décoration trop « manufacturée », oser tous les « métissages » esthétiques et culturels.
C’est pourquoi je m’attache dans chaque projet qui m’est confié, à retrouver ou préserver une « poésie du lieu », y déployer un imaginaire propre et choisi, une histoire, une projection, un rêve.
Je souhaite traduire également esthétiquement cet attachement grandissant de mes clients pour un art de vivre bien Français, soutenir leur goût pour un environnement valorisé et qualitatif, leur assurant un confort visuel quotidien, élégant, accueillant et rassurant.
C’est cette mission que l’Atelier Un Mur d’Avance s’emploie à défendre avec excellence.
Quelle est pour vous l’utilité de la décoration en général, du traitement esthétique des murs, de son habitat ou de son lieu de travail ?
La décoration s’adresse à plusieurs dimensions de notre vécu quotidien.
Elle fait appel à nos perceptions, nos sensations et crée des ambiances agréables.
Elle va valoriser les espaces intérieurs pour créer de l’intimité, de la convivialité, du partage, de l’harmonie et la circulation d’énergies positives.
Je pense que l’on peut commencer par évoquer ce que peut recouvrer la notion de confort en décoration dans l’espace privé.
La maison est un lieu de protection, un espace fondateur de liens avec sa « tribu », mais aussi de recueillement, de retour à soi indispensable. La maison comme la salle de sport peut nous apaiser, évacuer notre stress quotidien, et nous apporter réconfort et bien-être.
Le confort de l’espace privé favorise le développement de la réflexion, de la créativité.
La décoration de nos murs intérieurs peut répondre à ses besoins et cela passe par une introspection personnelle qui nous mènera vers le traitement décoratif qui nous ressemble.
Pour les locaux professionnels, lieux de savoir et d’apprentissage, la décoration favorisera la proximité, la solidarité, les échanges, la bienveillance, le savoir-être par sa neutralité, sa simplicité d’accueil, sa fluidité et son élégance. On privilégiera une décoration humaine, accessible, imparfaite.
Ensuite, le décor que nous côtoyons crée une interaction avec le Visible, lequel génère du plaisir. Or, la recherche du plaisir des yeux n’est pas seulement réservé à une élite épicurienne. La vue est le premier sens sollicité en décoration: couleurs, volumes, proportions constituent un langage, un domaine d’exploration infini qui nous est offert. C’est en somme, un cadeau que nous pouvons nous faire, faire découvrir et vivre aux autres.
Nombre d’associations et déclinaisons peuvent décrire ce visible: le jeu subtil des matières, le reflet d’un miroir, élever ou abaisser un plafond, repousser ou rétrécir les murs…
L’influence des lumières et des couleurs est aussi primordiale (cf la « chromathérapie »). Le pouvoir curatif des couleurs, leur symbolique, pourront être avantageusement contributeurs du projet.
Notre environnement coloré peut influencer nos humeurs et nos maux; grâce aux couleurs il est possible de réduire le stress ou a contrario de dynamiser l’organisme.
L’influence des formes a aussi son importance et sa symbolique. En décoration, l’idéal sera d’équilibrer formes circulaires et lignes droites pour allier légèreté et ancrage, imagination et action.
La décoration va aussi contribuer à modifier notre rapport au temps pour créer autour de soi des “espaces-temps” où il sera possible de laisser filer le temps; où de protéger son propre temps long régénérateur.
La décoration est en outre une ouverture sur le monde et sur soi-même.
Elle est classiquement une invitation au voyage, à l’exotisme (découverte de l’Orient aux 18ème/19ème siècle); elle est périodiquement un retour aux traditions (redécouverte de pratiques oubliées).
Elle est une recherche de symbiose avec ses besoins fonctionnels essentiels (sobriété et simplification au XXème siècle: cubisme, Bauhaus, Good design).
Elle est un éveil des consciences de la créativité et de l’expression de soi-même: le cadre de vie reflète la personnalité intime et sociale de l’individu ou du groupe. L’appropriation du décor est aussi un signe de positionnement social.
Enfin, la décoration est aujourd’hui une zone franche, sans académisme, dogmes, ni interdits.
C’est le domaine de l’éclectisme, de la diversité des matériaux, du mélange des styles décoratifs (arty, asiatique, ethnique, industriel, baroque, cosy, vintage, Green, Cocooning, rustique-chic, rétro, bobo-charme, jungle-broc, wabi-sabi, bohème, etc…).
Par sa médiation, chacun recherche ses envies profondes, ses aspirations. Il sera possible de jouer avec les codes d’hier et d’aujourd’hui; d’éviter l’enfermement de la représentation d’un statut social figé et ne pas être l’esclave d’une décoration prônée par quelques prosélytes du « mood » du moment.
Vous évoquez votre intervention auprès de vos clients comme une méthode exploratoire aimable et positive, une aventure esthétique partagée et sur mesure. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Je suis partie de constats simples pour élaborer une sorte de partenariat gagnant-gagnant avec mes clients.
80% des Français se disent intéressés par le décor intérieur mais ne parviennent pas à se lancer dans la réalisation de leur projet.
Il fallait donc identifier les freins, idées reçues, craintes ou fausses croyances s’opposant à leur projet décoratif.
Le manque de temps, de confiance en soi, un complexe vis-à-vis de pseudos codes décoratifs, des a priori justifiés ou non quant aux coûts excessifs des acteurs de la décoration, une réticence à se faire plaisir par peur du jugement esthétique des autres (famille, amis..), une difficulté à se projeter et à imaginer le résultat final, une méconnaissance des techniques ou des références en matière de décoration ( l’association des couleurs entre elles étant pour beaucoup de personnes une difficulté souvent mise en avant) sont les obstacles le plus cités par les éventuels commanditaires.
Plus anecdotique, fût le besoin exprimé de procéder par étapes pour s’approprier progressivement les mutations de son espace de vie, car un changement de décor peut-être vécu brutalement, chacun ayant ses habitudes.
J’ai donc compris qu’il fallait mettre au point une sorte de méthode exploratoire très simple avec mes clients pour non seulement comprendre leurs attentes, mais les faire émerger. Or, nous l’avons évoqué précédemment, la décoration fait appel à nos sens, notre sensibilité, nos ressentis, notre imaginaire avant de pouvoir être conceptualisée.
C’est la partie souvent inconsciente de notre cortex. Il s’agit dès lors d’instaurer un dialogue nourri avec mes commanditaires.
Je procède concrètement à l’analyse des espaces intérieurs soumis au projet décoratif. Quels sont les points forts ou faibles ? L’idée étant de conscientiser ensemble les faiblesses y compris par les sens (exprimer les ressentis); rechercher les remèdes esthétiques; valoriser les points forts sur lesquels on va pouvoir s’appuyer (il n’est pas toujours nécessaire de tout révolutionner ou de faire table rase !).
La gestion des espaces multi-fonctionnels est abordée.
J’élabore ensuite le « design émotionnel » du ou des occupants des lieux: qu’attendent-ils ? (davantage de chaleur, de sobriété, de caractère, d’harmonie, d’ouverture ?) Quelles sont leurs influences esthétiques? Quel est leur vécu ? Leurs références culturelles ? Il s’agit de dégager la « base line » du moodboard souhaité.
Cette méthode doit être avant tout un jeu dirigé vers la recherche d’un plaisir esthétique co-construit. On peut à l’inverse travailler sur les frustrations si celles-ci sont plus facilement verbalisées.
Mon objectif est de trouver les marqueurs d’identité et d’authenticité de mes clients, c’est pourquoi je place la personnalisation au centre de notre réflexion commune. Je m’appuie aussi sur les habitudes de vie.
Je recherche la spécificité propre de chaque lieu, afin de lui donner une coloration d’ambiance, une atmosphère unique. Je cherche à repenser le lieu avec ses occupants et pour eux.
Le choix d’un décor doit être vécu par son commanditaire comme une expérience agréable de sophistication ou de mise en scène de lui-même, de ses projections dans un lieu de vie idéal, et pourquoi pas du degré de considération que le commanditaire apporte à lui-même et aux autres….
Vous semblez vous méfier des dogmes esthétiques…; est-ce à dire qu’il n’y a pas de bon ou de mauvais goût ?
Il est vrai qu’en matière d’esthétisme, on évolue constamment entre le kitsch (esthétique intermédiaire entre l’artisanat à l’ancienne et la production standardisée) qui apparaît avec les moyens de production industrielle, et un certain conformisme élitiste cosmopolite adopté par « l’intelligentsia capitaliste ».
Je pense personnellement que le mauvais goût traduira toujours ce qui manque de profondeur d’âme pour paraphraser Mondrian.
Chaque civilisation, chaque époque, chaque mouvement esthétique a érigé ses dogmes, défendu sa philosophie, ses propres codes.
Sans parler de dogme, il n’est pas interdit d’explorer les aspirations sociétales de notre civilisation thermo-industrielle et de les traduire sur les murs de nos lieux de vie.
Par exemple quelle place donner à la Nature dans nos codes esthétiques alors que la biodiversité planétaire est mise à mal ? Nos intérieurs pourraient-ils être les premiers espaces de reconquête et de réconciliation avec cette Nature ?
Comment encore magnifier la frugalité ? Plusieurs mouvements ont initié cette réflexion qui reste à poursuivre à mon sens.
L’art de vivre minimaliste du « Lagom » venue de Scandinavie (aller à l’essentiel); la notion Danoise du « Hygge » (intimité bienveillante et chaleureuse entre les occupants d’un lieu dont l’ambiance cultive la décontraction, le partage, l’accueil..).
Le mouvement Slow Life (Kinfolk) aux US: suivre le rythme de la nature et des saisons; esthétique dépouillée qui allie rusticité et luxe modeste avec l’emploi de matériaux naturels.
Le champ d’une décoration durable et éphémère, renouvelable à l’infini, qui sera recyclée au gré des occupants, qui ne se veut ni muséale ni sanctuarisée, qui a conscience d’un cycle évolutif, celui de l’envie de ses commanditaires ou de l’air du temps, est encore à explorer.